Colocation

Colocation : bail unique ou baux individuels, comment choisir

Cédric Lafon··8 min de lecture

Le bail unique et les baux individuels sont deux montages légaux reconnus par l'article 8-1 de la loi du 6 juillet 1989. Ils n'offrent pas les mêmes protections au propriétaire. Le bail unique avec clause de solidarité sécurise mieux les loyers, mais expose à une fenêtre de risque de six mois après chaque départ. Les baux individuels simplifient les rotations, mais laissent le propriétaire seul face à une chambre vacante.

Vous venez d'acheter un appartement de quatre chambres. Vous hésitez : un seul contrat signé par tout le groupe, ou un contrat par tête ? La question paraît administrative. Elle détermine en réalité qui paie quand l'un des colocataires disparaît.

Qu'est-ce qui distingue juridiquement les deux montages ?

La colocation est définie à l'article 8-1 de la loi du 6 juillet 1989 comme « la location d'un même logement par plusieurs locataires, constituant leur résidence principale, et formalisée par la conclusion d'un contrat unique ou de plusieurs contrats entre les locataires et le bailleur ».

Ces deux formes sont donc parfaitement légales. Le choix appartient au propriétaire.

En colocation, il est possible de signer un bail unique pour l'ensemble des colocataires ou des contrats individuels pour chacun d'eux. Si un bail unique est signé par l'ensemble des colocataires, chacun d'eux et le bailleur doivent en conserver un exemplaire. Le logement doit avoir une surface minimale de 16 m² pour deux colocataires. Pour chaque colocataire supplémentaire, il faudra 9 m² supplémentaires.

En baux individuels, la logique est différente. Chaque colocataire signe un bail individuel avec le bailleur. Chaque bail doit préciser la chambre attribuée au locataire, qui doit mesurer au moins 9 m², et les parties communes mises à disposition de tous les locataires.

La clause de solidarité : comment fonctionne-t-elle vraiment ?

C'est le point central du bail unique. Pensez-y comme à une caution collective : si l'un ne paie pas, les autres doivent combler.

La clause de solidarité permet au bailleur de réclamer la totalité du loyer et des charges à n'importe lequel des colocataires, celui-ci devant ensuite se retourner contre les autres pour récupérer leur part.

Mais cette protection n'est pas automatique. La solidarité ne se présume jamais : en l'absence de clause écrite dans le contrat, chaque colocataire n'est tenu que de sa quote-part, ce qui fragilise considérablement la position du propriétaire.

En baux individuels, la solidarité n'existe tout simplement pas. Dans le cas d'une colocation avec plusieurs contrats, les colocataires ne sont pas solidaires face au paiement du loyer.

La clause de solidarité s'arrête-t-elle dès qu'un colocataire donne congé ?

Non, et c'est le piège le plus courant. La loi ALUR a plafonné la durée, mais ne l'a pas supprimée.

L'article 8-1 de la loi du 6 juillet 1989 fixe la règle de manière précise : la solidarité du colocataire sortant se poursuit au maximum six mois après la date d'effet du congé — c'est-à-dire après la fin du préavis, pas après la date d'envoi du courrier.

Cette solidarité peut s'éteindre avant le terme de six mois dans un seul cas : si un nouveau colocataire remplace le sortant et qu'un avenant au bail est signé par le bailleur et les colocataires restants. Dès la signature de cet avenant, la solidarité du partant cesse pour l'avenir. Si aucun remplaçant n'est trouvé, l'obligation solidaire s'éteint automatiquement à l'issue des six mois, sans aucune formalité.

Concrètement, pour un colocataire qui donne son préavis le 1er octobre avec un mois de préavis en meublé, sa solidarité court jusqu'au 1er mai, sauf remplacement. Si la chambre reste vide et qu'il ne paie plus, les autres colocataires peuvent être sollicités pendant cette fenêtre.

Comment se gèrent les départs selon le montage choisi ?

En bail unique

Le départ de l'un des colocataires ne met pas fin au contrat. Le bail se poursuit dans les mêmes conditions avec le ou les colocataires qui restent dans les lieux.

Le propriétaire doit gérer un avenant à chaque remplacement. À l'arrivée d'un nouveau colocataire, il convient de signer un avenant au bail unique avec toutes les parties, engageant le nouvel entrant et sa caution au titre de la solidarité.

Sans cet avenant, le nouvel entrant occupe le logement sans être lié par la clause de solidarité. C'est une situation bancale qui fragilise le propriétaire.

En baux individuels

Chaque colocataire peut délivrer un congé au bailleur en respectant le délai de préavis. Le départ d'un colocataire n'a pas de conséquences sur les autres.

Le bailleur peut choisir un nouveau colocataire sans l'accord des colocataires restants. C'est un avantage opérationnel réel. En revanche, si la chambre reste vide, personne n'en compense le loyer.

Que se passe-t-il avec le dépôt de garantie ?

C'est un autre point de divergence majeur entre les deux montages.

En bail unique

Le bailleur peut demander le versement d'un dépôt de garantie à l'entrée dans le logement. Son montant est limité à un mois de loyer hors charges pour un logement loué vide ou deux mois hors charges pour un logement meublé. Il n'est restitué par le bailleur en l'absence de dégradations qu'au départ du dernier des colocataires.

Si l'un des colocataires quitte le logement et qu'un autre le remplace, il peut passer un accord avec le nouveau colocataire pour qu'il lui rembourse sa part du dépôt de garantie. Le propriétaire n'est pas partie à cet arrangement.

En baux individuels

Le bailleur peut demander à chacun des colocataires un dépôt de garantie. En l'absence de dégradations, le locataire récupère son dépôt de garantie dans le mois suivant son départ.

La gestion est plus simple pour le colocataire partant. Pour le propriétaire, elle implique autant d'états des lieux partiels que de départs.

Quelle assurance habitation selon le montage ?

Le montage du bail conditionne directement l'organisation assurantielle.

En bail unique, un seul contrat peut couvrir l'ensemble des colocataires, à condition que chacun y soit nommé. Si le bail est unique, alors un seul contrat d'assurance habitation suffit. Le nom de chacun des colocataires devra figurer au contrat.

En baux individuels, chaque colocataire doit avoir sa propre couverture. Chaque colocataire doit souscrire un contrat d'assurance multirisque habitation.

La loi du 6 juillet 1989, en son article 7, impose à tout locataire de s'assurer au minimum contre les risques locatifs — incendie, explosion, dégât des eaux — et la colocation ne fait pas exception. Le bailleur peut exiger une attestation à la remise des clés puis chaque année, et la loi ALUR lui permet, après mise en demeure restée sans effet, de souscrire une assurance pour le compte des colocataires défaillants et de la refacturer sur le loyer, majorée.

En baux individuels, le suivi est plus lourd : le propriétaire doit collecter autant d'attestations que de colocataires, avec des échéances potentiellement décalées.

Tableau comparatif des deux montages

CritèreBail uniqueBaux individuels
Solidarité sur les loyersOui, si clause écriteNon
Durée de solidarité après départ6 mois max, ou remplacementSans objet
Vacance d'une chambreCouverte par les autres (solidarité)Perte sèche pour le propriétaire
Gestion des départsAvenant à chaque remplacementRésiliation autonome, sans impact sur les autres
Dépôt de garantieUn seul, rendu au dernier sortantUn par colocataire, rendu à chaque départ
Assurance habitationUn contrat commun possibleUn contrat individuel par colocataire
Choix du remplaçantAccord du propriétaire requisPropriétaire seul décideur
Gestion administrativeUn seul bail, avenants à chaque rotationAutant de baux que de colocataires

Pour aller plus loin sur le choix du type de bail en colocation meublée, voyez notre comparatif entre colocation et meublé classique, et pour le bail mobilité qui suit des règles distinctes, notre article sur le choix du bail pour une colocation meublée.

Ce qu'il faut retenir

  • Le bail unique avec clause de solidarité protège mieux le propriétaire contre les impayés : les autres colocataires peuvent être sollicités en cas de défaillance.
  • Après un congé, la solidarité du partant court au maximum six mois — délai fixé par l'article 8-1 de la loi du 6 juillet 1989 modifié par la loi ALUR. Un remplacement formalisé par avenant y met fin plus tôt.
  • En baux individuels, chaque départ est autonome et le propriétaire signe avec le remplaçant sans consulter les autres colocataires, mais une chambre vide génère une perte sèche sans recours contre les voisins de palier.
  • Le dépôt de garantie est unique et rendu au dernier partant en bail unique ; il est individuel et rendu à chaque sortant en baux individuels.
  • Ni l'un ni l'autre montage n'est toujours supérieur : le choix dépend du profil du groupe, de la rotation attendue et de votre tolérance au risque de vacance partielle.

Les montants et exemples cités dans cet article sont illustratifs et ne préjugent d'aucune opération réelle.

Sources

  1. ANIL — Colocation avec un contrat unique, droits et obligations — consultée le 28 septembre 2026
  2. ANIL — Colocation avec plusieurs contrats individuels — consultée le 28 septembre 2026
  3. Légifrance — Article 8-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, modifié par la loi ALUR et la loi ELAN — consultée le 28 septembre 2026

Questions fréquentes

Peut-on mettre une clause de solidarité dans des baux individuels de colocation ?
Non. D'après l'ANIL, en colocation avec plusieurs contrats individuels, les colocataires ne sont pas solidaires entre eux pour le paiement du loyer. Chaque colocataire n'est responsable que de sa propre part. La clause de solidarité n'existe que dans le cadre du bail unique.
Combien de temps un colocataire partant reste-t-il solidaire après son départ ?
En bail unique avec clause de solidarité, l'article 8-1 de la loi du 6 juillet 1989, modifié par la loi ALUR, plafonne la solidarité du colocataire sortant à six mois après la date d'effet de son congé. Elle cesse avant ce délai si un remplaçant entre dans les lieux et signe le bail ou un avenant.
Le dépôt de garantie est-il restitué quand un colocataire quitte le logement en bail unique ?
Non. D'après l'ANIL, en bail unique, le bailleur ne restitue le dépôt de garantie qu'au départ du dernier colocataire. Si un colocataire part en cours de bail, c'est entre colocataires que le remboursement de sa quote-part se règle, par exemple via le nouvel entrant qui lui rembourse sa part.
En baux individuels, que se passe-t-il si une chambre reste vide ?
La chambre vacante ne génère plus de loyer, et le propriétaire supporte la perte seul. Il n'y a pas de solidarité entre les colocataires restants. Le bailleur peut signer un nouveau bail individuel avec un remplaçant, sans avoir besoin de l'accord des autres colocataires, d'après l'ANIL.
Quel dépôt de garantie peut-on demander en colocation meublée ?
D'après l'ANIL, le dépôt de garantie est plafonné à deux mois de loyer hors charges pour un logement meublé, qu'il s'agisse d'un bail unique ou de baux individuels. En bail unique, il est unique et commun ; en baux individuels, chaque colocataire verse le sien séparément.
Faut-il une assurance habitation par colocataire en baux individuels ?
Oui. D'après l'ANIL, chaque colocataire titulaire d'un bail individuel doit souscrire son propre contrat d'assurance multirisque habitation. En bail unique, un seul contrat couvrant l'ensemble des colocataires nommés est possible, mais chacun doit être couvert contre les risques locatifs.
Cédric Lafon

Cédric Lafon

Cofondateur de Prop-Up Invest

Cédric Lafon a cofondé Prop-Up Invest, société de conseil en investissement locatif clé en main en Île-de-France, spécialisée en location meublée et en colocation. Il accompagne ses clients à chaque étape du projet : cadrage de la stratégie, financement, recherche du bien, suivi des travaux et mise en location. Prop-Up Invest travaille au forfait fixe, sans commission sur le prix d'acquisition.

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