Un dossier bancaire d'investissement locatif se juge sur trois chiffres. Le taux d'effort, que la décision du Haut Conseil de stabilité financière du 29 septembre 2021 plafonne à 35 % des revenus. L'apport, qui couvre les frais qu'une banque finance rarement, à commencer par les droits de mutation. Le reste à vivre, qu'aucun texte ne définit pour le crédit immobilier et que chaque établissement apprécie selon son propre barème. Point décisif : le loyer attendu s'ajoute à vos revenus, il ne se soustrait pas de la mensualité.
Vous avez fait tourner un simulateur. Il annonce environ 10 % d'endettement et un projet qui passe sans difficulté. La banque calcule 35 % et hésite.
Personne ne s'est trompé. Les deux calculs ne posent pas la même opération, et un seul des deux sert à décider.
Quel taux d'endettement la banque retient-elle pour un investissement locatif ?
La décision du 29 septembre 2021 pose deux conditions cumulatives : le taux d'effort ne dépasse pas 35 % et la maturité du crédit ne dépasse pas 25 ans. Elles valent pour l'investissement locatif comme pour la résidence principale.
Ces seuils ne sont pas absolus : la même décision laisse aux banques 20 % de leur production trimestrielle pour en sortir. Mais la décision du 29 juin 2023 en réserve au moins 70 % aux acquéreurs de leur résidence principale, dont 30 % aux primo-accédants. Il reste 6 % de la production ouverte au locatif, et l'ACPR mesure que les banques en ont utilisé 3,5 % en 2024. La porte existe, elle est étroite.
Une exception intéresse les projets avec travaux : un différé d'amortissement porte la maturité à 27 ans, l'amortissement restant plafonné à 25 ans. La décision du 18 décembre 2023 a abaissé le seuil de travaux ouvrant ce différé de 25 % à 10 % du coût total.
Comment le taux d'effort se calcule-t-il exactement ?
Le glossaire de l'ACPR est explicite : le taux d'effort rapporte les charges annuelles d'emprunt liées à l'endettement total de l'emprunteur — le prêt demandé et tous les emprunts en cours — au revenu annuel net avant impôt du foyer.
Deux mots pèsent. « Total » : crédit auto, prêt travaux et crédit renouvelable comptent. Et « charges maximales sur la période d'amortissement » : c'est la mensualité la plus élevée du tableau qui est retenue.
Prenons un couple avec 6 200 € de revenus nets par mois et un crédit en cours de 1 200 € par mois sur sa résidence principale. Le projet : une colocation en première couronne parisienne, 300 000 € tout compris, financée par 30 000 € d'apport et 270 000 € empruntés sur 25 ans à 3,5 %. La mensualité ressort à 1 352 €, plus une hypothèse d'assurance emprunteur de 80 € par mois, soit 1 432 € prélevés chaque mois.
Les loyers attendus viennent-ils en déduction de la mensualité ?
Non. Ils viennent au dénominateur, du côté des revenus. Les banques n'en retiennent d'ailleurs pas la totalité : elles appliquent une décote, dont chacune fixe le niveau, parce que la vacance locative et les impayés existent. Retenons ici 70 % des 2 000 € de loyer attendu, soit 1 400 €.
| Méthode | Charges retenues | Revenus retenus | Résultat |
|---|---|---|---|
| Loyer soustrait de la mensualité | 1 200 + 1 432 − 2 000 = 632 € | 6 200 € | 10,19 % |
| Loyer ajouté aux revenus | 1 200 + 1 432 = 2 632 € | 6 200 + 1 400 = 7 600 € | 34,63 % |
| La même, avec un crédit auto de 400 € | 3 032 € | 7 600 € | 39,89 % |
Sur ce dossier à 270 000 € empruntés et 2 000 € de loyer attendu, le taux d'effort s'établit à 34,63 % : il passe, de justesse. Un crédit auto de 400 € par mois le porte à 39,89 % et le fait sortir des critères.

Quel apport faut-il prévoir pour un investissement locatif ?
Aucun texte ne fixe d'apport minimum. Ce qu'il doit couvrir, en revanche, se calcule.
D'après les Notaires de France, la taxe de publicité foncière atteint dans l'ancien 6,31 % du prix : 5 % de taxe départementale, 1,20 % de taxe additionnelle communale, et 2,37 % de frais d'assiette assis sur cette taxe. S'y ajoute la contribution de sécurité immobilière de 0,10 %.
L'article 116 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025 autorise les départements à relever ce taux départemental de 0,5 point, dans la limite de 5 %, pour les actes passés entre le 1er avril 2025 et le 31 mars 2028. Les primo-accédants achetant leur résidence principale en sont exonérés. Un investisseur locatif, non.
Un repère : d'après l'ACPR, le prêt couvrait en moyenne 77,7 % de la valeur du bien à l'octroi en 2024, et 16,3 % des prêts dépassaient 100 %. Le financement dit « à 110 % » existe donc, mais reste minoritaire.